Affiche de Un air de New York Livre | 2001 | E. B. White

Un air de New York

A l’origine, une commande passée par un magazine. C’est l’époque où la presse américaine lance dans le monde ses reporters, bien souvent des écrivains, plus ouverts au monde tel qu’il va qu’attirés par un stupide exotisme. La littérature américaine de voyage explose alors, encouragée par la montée en puissance du dollar et de sa civilisation. White vit dans le Maine. Il exècre les voyageurs et croit prendre le contre-pied d’une littérature dont il ne comprend pas les enjeux. Peu importe :si les écrivains américains reconstruisent le genre, lui-même y participe à son insu. Il accepte donc de vivre l’été 48 à New York. De fait, il se bornera surtout à évoquer Manhattan, à travers une poétique de la ville qui rappelle le Berlin de Walter Benjamin. Il la décrit comme une ville volontaire, détruisant autant les individus qu’elle les magnifie, pourvu qu’ils sachent saisir les occasions qu’elle leur offre. White insiste beaucoup sur ce caractère d’occasion à saisir - le Kaïros des Grecs -, dans lequel se régénère la civilisation américaine. New York est la ville des occasions, qu’elle démultiplie à l’infini en séparant les individus des événements. On peut ne jamais rien y voir, aucun événement n’étant assez fédérateur pour mobiliser toutes les populations qui y vivent. Ecrit dans une prose superbe et simple, White y paraît nostalgique. Mais saisi à son tour, le récit finit par s’installer dans le présent de la narration, pour rapporter ses propres visions, dont celle d’un vieux saule rafistolé de bouts de ferrailles, extraordinairement édénique.