L'habitude veut que le goût soit le sens par lequel nous connaissons la beauté et jouissons des belles choses. Derrière l'imperturbabilité apparente de cet adage, Agamben met à nu l'ampleur, tout sauf rassurante, d'une fracture qui divise sans appel le sujet. À la jonction entre l'acte de connaissance et l'expérience du plaisir, entre la recherche d'une vérité et la jouissance du beau, le goût apparaît comme le savoir que l'on ne sait pas et comme le plaisir dont on ne jouit pas. Dans la nouvelle perspective tant esthétique qu'économique ouverte par Agamben se dessine une complicité insoupçonnable et inquiétante entre homo aestheticus et homo oeconomicus et prend forme, dans toute sa fragilité, la question fondamentale de la théorie de la connaissance : qui est le sujet du savoir ? Qui sait ?
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