La faute et la cause sont les concepts-seuils de l'édifice du droit et de la morale. Ils définissent une action comme imputable à un sujet qui en devient par là-même responsable. C'est cette action qui se retrouve dans la correspondance entre le terme latin crimen et le sanscrit karman, qui désigne l'agir humain pris dans l'enchaînement infini de ses conséquences. La recherche de Giorgio Agamben tente de mettre en question le primat de l'action dans la tradition de la philosophie politique, d'Aristote à Hannah Arendt. Son hypothèse est que l'idée d'une action sanctionnée, c'est-à-dire imputable et productrice de conséquences, se trouve au fondement non seulement du droit et de la politique, mais aussi de l'éthique et de la morale religieuse de l'Occident. Si cette idée venait à disparaître, c'est tout l'édifice de la morale qui s'en trouverait ébranlé. A la faveur d'une minutieuse enquête archéologique, Agamben analyse et déconstruit les concepts de volonté, de libre arbitre et de fin qui constituent les piliers de cet édifice. L'idée d'action fait ainsi place à celle de geste, c'est-à-dire à l'idée d'un agir humain émancipé de toute finalité et jamais imputable à un sujet.
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