Affiche de Un grand honnête homme Livre | 1992 | Jules Romains

Un grand honnête homme

Qui fut ce docteur Bruniaud, sur la tombe duquel on prononce maints éloges funèbres ? Un médecin réputé du faubourg Saint-Germain, n’ayant qu’une faiblesse : la bonté, disent ses thuriféraires. Cela fait sourire au moins l’un des assistants, Mᵉ Ambard, qui ne se tient pas de faire à l’auteur des confidences sur le défunt qu’on vient de bénir si copieusement en le mettant en terre. Quelque quarante ans plus tôt, c’est-à-dire à la fin du siècle dernier, Mᵉ Ambard, alors clerc d’avoué, a eu à connaître celui qui vient d’être qualifié de « grand honnête homme ». Ce fut à propos de la disparition d’une certaine Mᵐᵉ Le Garrée, belle-mère du docteur Bruniaud, mystérieusement disparue après la mort de sa fille. Mᵉ Ambard prit l’affaire en mains ; il y déploya une finesse, une habileté surprenantes pour déjouer les ruses d’un adversaire puissant qui conservait toutes les apparences de l’honnêteté et de la bonne foi. N’avait-il pas, ce docteur Bruniaud ̶ et avec quelle patience ! ̶ réussi à faire interner sa belle-mère pour mettre la main sur la jolie fortune qu’elle possédait en valeur de bourse ? Ce Bruniaud, si adroit qu’il fût, commit néanmoins une faute : oh ! minime à la vérité, mais qui aurait pu le perdre Bien douce, cependant, fut sa punition. On admirera la patiente astuce avec laquelle Mᵉ Ambard réussit à dévoiler la fourberie du personnage, sans se départir d’une mesure que n’eut pas toujours Mᵐᵉ Le Garrée quand elle eut été libérée. Celle-ci n’alla-t-elle pas jusqu’à soutenir que le docteur Bruniaud avait empoisonné sa première femme ?... Bien que ce soit fort possible, Jules Romains, à la suite de Mᵉ Ambard, laisse la question sans réponse et raconte, pour finir, l’originale vengeance qu’exerça la dame Le Garée sur celui qui avait été son gendre. (Quatrième de couverture de l'édition Flammarion 1961)