La photographe plasticienne Irene Jonas nous invite à voyager avec elle dans certaines républiques de lex-URSS. uvre protéiforme composée de photographies noir et blanc peintes à lhuile, de collages et de textes intimes, elle nous offre un voyage onirique sur les traces de lenfance de sa famille qui sest exilée en 1922. Un voyage effectué dans la douleur du déracinement que lartiste adoucit par sa vision très poétique du monde. Que reste-t-il de ces mondes disparus ? Irene Jonas nous livre des réponses par lintermédiaire de ses photographies. Un livre objet qui nous interroge sur les notions dexil et la force de lart qui laisse place à lémotion la plus douce, à la rêverie, à la poésie. Une préface du prix Goncourt Hervé Letellier complète cet ouvrage qui nous entraine dans un monde fantasmagorique. "Jai 5 ans, une petite robe en velours vert et une broche en forme de hérisson. Direction le Palais des sports pour assister à mon premier concert... Les choeurs de larmée rouge. Cest peut-être ce soir-là, en voyant le visage lumineux de mon père chantonner à mi-voix dans une autre langue, que la notion dexil sest pour la première fois frayée un chemin dans mon imagination enfantine. Il appartenait dabord à cette langue, à cette musique, au bruit des bouleaux dans le vent, mais pas au monde dans lequel je grandissais. Cette part de lui me restait étrangère, inaccessible et pourtant si familière. Son déchirement devenait mien sans mappartenir, son entre-deux rives mémouvait aux larmes sans faire partie de ma vie, il ma toujours interdit dapprendre le russe à lécole. Que dannées il me faudrait pour comprendre que profondément de gauche, il pouvait à la fois chanter avec les choeurs de larmée rouge et haïr Staline, sexalter en parlant de lespoir que portait la révolution russe et pleurer quand les chars sont entrés dans Prague, aimer profondément la France mais être si heureux quand il pouvait parler russe. En 2021, cent ans après cet exil, une cousine lointaine me contacte par internet et me donne quelques pages du journal dune de mes tantes. On peut y lire : « Nous avons retrouvé notre père à Moscou, brisé à la fois physiquement et mentalement. Il avait l'air épuisé. La plupart de ses amis étaient en prison ou mort. Il était très impatient de quitter la Russie. Sa foi en la révolution avait été brisée ». Si les photographies de ce livre ont été réalisées entre 1991 et 2025, lors de plusieurs voyages dans des pays de lex-URSS, elles se rapportent avant tout aux images chimériques dun pays quune enfant ne connaît que par les bribes de ce quelle a entendu, les films quon lui a donné à voir, les livres quelle a lus et les émotions qui la traversent. Une construction imaginaire de cette URSS à la fois si proche et si lointaine." Extrait du texte dIrène Jonas
Du même auteur
Critiques constructives
Regardez ici pour voir2025
Du poilu au métavers - 300 mots qui reflètent l'évolution de nos sociétés: 300 mots qui retracent l histoire de la société française2024
La France, l'industrie, la crise2003
Un fromage sans doute2012
La Sunoogo dans le jaden du zabide : La joie dans le jardin de l'honnête homme2004
À travers le Jabberwocky de Lewis Carroll : Onze mots-valises dans huit traductions
Cités de mémoire2003
Le futur : À peu de choses près...2021
Jardins sauvages et autres parcs parisiens2026
La découverte de l'origine et de l'étymologie de tous les mots composant la langue française,2016
Tu connais la nouvelle ? l'eau2003
Dis-nous ce que tu as aimé, on te recommande la suite.S'inscrire gratuitement