Affiche de Soviet Livre | 2026 | Hervé Le Tellier

Soviet

La photographe plasticienne Irene Jonas nous invite à voyager avec elle dans certaines républiques de l’ex-URSS. Œuvre protéiforme composée de photographies noir et blanc peintes à l’huile, de collages et de textes intimes, elle nous offre un voyage onirique sur les traces de l’enfance de sa famille qui s’est exilée en 1922. Un voyage effectué dans la douleur du déracinement que l’artiste adoucit par sa vision très poétique du monde. Que reste-t-il de ces mondes disparus ? Irene Jonas nous livre des réponses par l’intermédiaire de ses photographies. Un livre objet qui nous interroge sur les notions d’exil et la force de l’art qui laisse place à l’émotion la plus douce, à la rêverie, à la poésie. Une préface du prix Goncourt Hervé Letellier complète cet ouvrage qui nous entraine dans un monde fantasmagorique. "J’ai 5 ans, une petite robe en velours vert et une broche en forme de hérisson. Direction le Palais des sports pour assister à mon premier concert... Les choeurs de l’armée rouge. C’est peut-être ce soir-là, en voyant le visage lumineux de mon père chantonner à mi-voix dans une autre langue, que la notion d’exil s’est pour la première fois frayée un chemin dans mon imagination enfantine. Il appartenait d’abord à cette langue, à cette musique, au bruit des bouleaux dans le vent, mais pas au monde dans lequel je grandissais. Cette part de lui me restait étrangère, inaccessible et pourtant si familière. Son déchirement devenait mien sans m’appartenir, son entre-deux rives m’émouvait aux larmes sans faire partie de ma vie, il m’a toujours interdit d’apprendre le russe à l’école. Que d’années il me faudrait pour comprendre que profondément de gauche, il pouvait à la fois chanter avec les choeurs de l’armée rouge et haïr Staline, s’exalter en parlant de l’espoir que portait la révolution russe et pleurer quand les chars sont entrés dans Prague, aimer profondément la France mais être si heureux quand il pouvait parler russe. En 2021, cent ans après cet exil, une cousine lointaine me contacte par internet et me donne quelques pages du journal d’une de mes tantes. On peut y lire : « Nous avons retrouvé notre père à Moscou, brisé à la fois physiquement et mentalement. Il avait l'air épuisé. La plupart de ses amis étaient en prison ou mort. Il était très impatient de quitter la Russie. Sa foi en la révolution avait été brisée ». Si les photographies de ce livre ont été réalisées entre 1991 et 2025, lors de plusieurs voyages dans des pays de l’ex-URSS, elles se rapportent avant tout aux images chimériques d’un pays qu’une enfant ne connaît que par les bribes de ce qu’elle a entendu, les films qu’on lui a donné à voir, les livres qu’elle a lus et les émotions qui la traversent. Une construction imaginaire de cette URSS à la fois si proche et si lointaine." Extrait du texte d’Irène Jonas