Jack - Le Nabab - Les Rois en exil - Appendices. Les Romantiques étaient probablement platoniciens, qui cherchaient la vérité de l'être au-delà de la réalité sensible, ombre pâlie d'un éternel dont ils étaient en quête. Puis vint Balzac, qui remit au monde le monde dans lequel les hommes s'agitent, vivent et meurent. C'est à quoi s'employèrent également Zola, les Goncourt et d'autres, dont Daudet. Il n'est pas certain comme le remarque finement Gustave Lanson que l'influence de l'école naturaliste fut «pour le bien» de Daudet. Il n'avait pas la force de Zola, mais il a un charme c'est Flaubert qui le note que ne possède pas l'auteur des Rougon-Macquart, les yeux d'un homme dont le paradis serait encore en province et que le monde des villes et du travail met en effroi. Ce tome rassemble trois grands romans, qui sont le versant Zola de Daudet. Elle est retrouvée, quoi? La nature! Mais elle n'est pas gaie. Qu'on en juge : Jack, ou les malheurs de l'enfant illégitime. Cette uvre, qu'on peut lire comme une suite du Petit Chose, décrit un incessant malheur : mère mondaine se donnant au premier poète raté qu'elle rencontre, abandonnant Jack qui, réduit à travailler dans une fonderie, finit par mourir de phtisie. Le Nabab, ou «De l'argent» ou encore «De la spéculation et de ses risques». Comme l'écrit un critique, ici Daudet «fait le tableau des murs honteuses du Second Empire». Les Rois en exil enfin, ou à quelles errances on est conduit quand le pouvoir est perdu et que l'être est mis à nu. Si le héros romantique trouvait en son être solitaire la vérité, le grand apport de l'école naturaliste, c'est d'avoir compris et dit probablement inspirée par Taine que l'homme était aussi tissé par le milieu auquel il appartenait. Toutefois comme le souligne encore Lanson Daudet «avait trop de spontanéité pour que ses théories pussent gâter son talent» : il y a, dans ces trois romans, une sympathie profonde pour ce bref tumulte que fait tout homme qui passe sur la figure de ce monde. Qu'il soit exilé de son royaume ou condamné dès la naissance au malheur ne change en définitive pas grand-chose : l'être est promis au royaume des Ombres.
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