Affiche de Le nabab, tome 1 Livre | 2012 | Alphonse Daudet

Le nabab, tome 1

J’ai connu le « Vrai Nabab » en 1864. J’occupais alors une position semi-officielle qui m’obligeait à mettre une grande réserve dans mes visites à ce fastueux et accueillant Levantin. Plus tard je fus lié avec un de ses frères mais à ce moment-là le pauvre Nabab se débattait au loin dans des buissons d’épines cruelles et l’on ne le voyait plus à Paris que rarement. Du reste il est bien gênant pour un galant homme de compter ainsi avec les morts et de dire : « Vous vous trompez. Bien que ce fût un hôte aimable, on ne m’a pas souvent vu chez lui. » Qu’il me suffise donc de déclarer qu’en parlant du fils de la mère Françoise comme je l’ai fait, j’ai voulu le rendre sympathique et que le reproche d’ingratitude me paraît de toute façon une absurdité. Cela est si vrai que bien des gens trouvent le portrait trop flatté, plus intéressant que nature. À ces gens-là ma réponse est fort simple : « Jansoulet m’a fait l’effet d’un brave homme ; mais en tout cas, si je me trompe, prenez-vous-en aux journaux qui vous ont dit son vrai nom. Moi je vous ai livré mon roman comme un roman, mauvais ou bon, sans ressemblance garantie. » (Extrait de la préface de l'édition Charpentier, 1878)