Le héros de L'Esbrouffe - celui qui raconte son histoire - est un petit garçon qui a perdu ses parents. Qui les a perdus volontairement, un jour de mai 1940, pendant l'exode. On le tenait pour un " affreux jojo ", on l'avait enfermé dans un collège d'où on ne le tirait pas trois fois l'an, son père lui donnait des gifles. Survient un bombardement. Il en profite pour s'enfuir. Des paysans le découvrent. " Qui est-tu ? - Je ne sais pas. " Il prétend que les émotions lui ont fait perdre la mémoire. On le croit. Facilement. Trop. C'est cela, l'esbrouffe. Et lui, cette commodité qu'il vient de découvrir, il ne s'en privera plus. Il est parti. Il ira loin. A la fin de L'Esbrouffe, en 1946, il fête son premier million dans un restaurant du Palais-Royal. Il ira beaucoup plus loin encore. Georges Conchon prétend l'avoir rencontré récemment au Canada, milliardaire. A trente-trois ans, on l'appelle le " Rockeffeller français ". Ses amis laissent entendre qu'il n'a pas été sans influence sur l'élection de John Kennedy à la Présidence des Etats-Unis. Mais c'est un autre roman. Un roman, L'Esbrouffe ? Oui, un roman picaresque, mais une confession, des Mémoires. Dans le foisonnement des visages, des événements, des circonstances, des hasards, seul compte le narrateur : une avidité de loup, une patience d'ermite, une perspicacité de moraliste. Un ton, surtout, qui fait de L'Esbrouffe un livre rare, discret, extravagant. Insolite.
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