Affiche de Le miroir de ma tante Marguerite Livre | 2016 | Walter Scott

Le miroir de ma tante Marguerite

Ma tante Marguerite était de cette respectable congrégation de vieilles filles à laquelle échoient en partage les peines et les douleurs attachées à la possession des enfants, excepté cependant celle de les mettre au monde.Notre famille était nombreuse et composée d'enfants de caractères très opposés. Quelques-uns étaient stupides et bourrus ; on les envoyait à la tante Marguerite afin qu'elle les amusât. D'autres étaient grossiers et bruyants, on les envoyait à la tante Marguerite pour qu'elle les fît rester tranquilles et qu'ils ne troublassent pas le paix de la maison paternelle ; ceux qui étaient malades lui étaient envoyés pour être soignés, et ceux qui étaient d'un caractère entêté, pour quelle les domptât. Enfin la tante Marguerite remplissait tous les devoirs d'une mère de famille sans en avoir la gloire et la dignité. Ces moments occupés par des soins si doux sont maintenant passés : des faibles et des forts, des bons et des méchants, des mécontents et de ceux qu'aisément elle pouvait satisfaire, qui occupèrent son petit salon du matin au soir, moi seul je vis encore, quoique infirme dès mon enfance.J'ai l'habitude, et la conserverai autant que je le pourrai, d'aller visiter ma respectable parente au moins trois fois la semaine ; elle demeure à un quart de lieue du faubourg de la ville que j'habite ; on arrive chez elle, non-seulement par le grand chemin, mais encore par un petit sentier à travers de jolies prairies ; ma vie est tellement exempte de peines qu'un de mes grands chagrins est de voir que quelques-unes de ces prairies soient destinées à être couvertes de maisons. Déjà, dans celle qui est près de la ville, des brouettes sans nombre sont occupées depuis plusieurs semaines ; je crois, en vérité, qu'en surface et en profondeur dix-huit pouces de matériaux au moins sont jetés au même moment dans ces petites voitures et transportés d'un endroit à un autre ; de grandes planches sont entassées en forme triangulaire dans différents endroits, et un joli petit groupe d'arbres qui embellit encore le côté de l'orient vient d'être marqué par un barbouillage blanc, preuve irrécusable qu'il doit être abattu et probablement remplacé par une forêt de cheminées.