« Bien quelle comprît que sa belle-mère espérait ainsi fuir son tourment, Françoise la regardait sagiter avec une sourde irritation : ses piétinements essoufflés rompaient cette monotonie qui raccourcit si bien les heures. Des heures, il en restait beaucoup avant la Pentecôte Elle comptait, pour les passer calmement, sur sa longue pratique de lennui. Au Fraô, où elle regardait couler la rivière, au Moulin de Rance, assise au chevet du vieil Achard, à Plangomeur, près de cette femme hier encore prostrée, elle avait subi le vide uniforme des jours. Elle devait continuer, ici ou ailleurs. Des journées qui couleraient sans couleur, sans désirs ! Leurs bouts se toucheraient, puisque, dès le matin, on attendrait le soir et le sommeil, qui viendraient à lheure marquée, après dautres heures où il ne se passerait rien. On peut durer ainsi très longtemps, indéfiniment, peut-être » Françoise de Fraô a épousé le pâle et fragile Luc la Hourie, descendant de corsaires bretons. Mais au bout de trois mois de mariage, Luc disparaît dans les eaux glacées de la Russie septentrionale, laissant Françoise veuve et seule avec sa belle-mère, Madame La Hourie, une femme possessive, en son château de Plangomeur
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