Affiche de Le peuple de l'Abîme - Talon de fer Livre | 2014 | Jack London

Le peuple de l'Abîme - Talon de fer

Ce livre regroupe deux romans de Jack London Le peuple de l'Abîme & Talon de ferExtrait du livre Le Peuple de l'abîme :« Ce que vous désirez est impossible » ? telle fut la réponse péremptoire qui me fut donnée par des amis auxquels je de-mandais conseil, avant de m'en aller plonger, corps et âme, dans l'East End de Londres. Ils ajoutèrent que je ferais mieux de m'adresser à la police, qui me procurerait un guide. Il était vi-sible que je n'étais pour eux qu'un simple fou, venu les trouver avec plus de lettres de recommandation que de bon sens, et dont ils flattaient poliment la manie.Je protestai :« Mais je n'ai rien à faire avec la police ! Ce que je veux, c'est pénétrer tout seul dans l'East End, et constater par moi-même ce qui s'y passe. Je veux savoir comment les gens vivent là-bas, pourquoi ils y vivent et ce qu'ils y font. Je veux, en un mot, partager leur existence. »« Vous n'allez tout de même pas vivre là-dedans », s'exclamèrent-ils en ch?ur, avec un air de désapprobation à peine dissimulée. « Il y a là-bas des endroits où, à ce que l'on dit, la vie d'un homme ne vaut pas deux pence? »« C'est justement ces endroits-là que je veux visiter », m'exclamais-je en les interrompant.« Puisqu'on vous dit que c'est impossible ! »Je brusquais la conversation, un peu irrité par leur incom-préhension.« Ce n'est pas pour m'entendre dire cela que je suis venu vous trouver ! Vous voyez, je suis étranger dans ce pays, et je voudrais que vous me disiez tout ce que vous savez sur l'East End, pour que je puisse avoir une base pour commencer mes travaux. »« Mais nous ne savons absolument rien sur l'East End, sauf que ça se trouve là-bas, quelque part? » Et ils agitèrent leurs mains vaguement dans la direction où le soleil, en de rares occasions, daigne se montrer à son réveil.extrait du livre Le Talon de fer :La brise d'été agite les pins géants, et les rides de la Wild-Water clapotent en cadence sur ses pierres moussues. Des papillons dansent au soleil, et de toutes parts frémit le bourdonnement berceur des abeilles. Seule au sein d'une paix si profonde, je suis assise, pensive et inquiète. L'excès même de cette sérénité me trouble et la rend irréelle. Le vaste monde est calme, mais du calme qui précède les orages. J'écoute et guette de tous mes sens le moindre indice du cataclysme imminent. Pourvu qu'il ne soit pas prématuré ! Oh ! pourvu qu'il n'éclate pas trop tôt ! Mon inquiétude s'explique. Je pense, je pense sans trêve et ne puis m'empêcher de penser. J'ai vécu si longtemps au c?ur de la mêlée que la tranquillité m'oppresse, et mon imagination revient malgré moi à ce tourbillon de ravage et de mort qui va se déchaîner sous peu. Je crois entendre les cris des victimes, je crois voir, comme je l'ai vu dans le passé, toute cette tendre et précieuse chair meurtrie et mutilée, toutes ces âmes violemment arrachées de leurs nobles corps et jetées à la face de Dieu. Pauvres humains que nous sommes, obligés de recourir au carnage et à la destruction pour atteindre notre but, pour introduire sur terre une paix et un bonheur durables !Et puis je suis toute seule ! Quand ce n'est pas de ce qui doit être, je rêve de ce qui a été, de ce qui n'est plus. Je songe à mon aigle, qui battait le vide de ses ailes infatigables et prit son essor vers son soleil à lui, vers l'idéal resplendissant de la liberté humaine. Je ne saurais rester les bras croisés pour attendre le grand événement qui est son ?uvre, bien qu'il ne soit plus là pour en voir l'accomplissement. C'est le travail de ses mains, la création de son esprit. Il y a dévoué ses plus belles années, il lui a donné sa vie elle-même.Voilà pourquoi je veux consacrer cette période d'attente et d'anxiété au souvenir de mon mari. Il y a des clartés que, seule au monde, je puis projeter sur cette personnalité, si noble qu'elle ne saurait être trop vivement mise en relief. C'était une âme immense. Quand mon amour se purifie de tout égoïsme,