Affiche de La fée amoureuse Livre | Émile Zola

La fée amoureuse

Entends-tu, Ninon, la pluie de décembre battre nos vitres ? Le vent se plaint dans le long corridor. C’est une vilaine soirée, une de ces soirées où le pauvre grelotte à la porte du riche que le bal entraîne dans ses danses, sous les lustres dorés. Laisse-là tes souliers de satin, viens t’asseoir sur mes genoux, près de l’âtre brûlant. Laisse-là la riche parure : je veux ce soir te dire un conte, un beau conte de fée. Tu sauras, Ninon, qu’il y avait autrefois, sur le haut d’une montagne, un vieux château sombre et lugubre. Ce n’étaient que tourelles, que remparts, que ponts-levis chargés de chaînes ; des hommes couverts de fer veillaient nuit et jour sur les créneaux, et seuls les soldats trouvaient bon accueil auprès du comte Enguerrand, le seigneur du manoir.