6 mars 1953, siège de lUnion des compositeurs soviétiques à Moscou : décédé la veille dans lindifférence générale, quelques minutes avant Joseph Staline, Sergueï Prokofiev est conspué par ses pairs. Traître à la Nation, ennemi du peuple soviétique et serviteur de la musique occidentale : méprisé jusque dans sa tombe, Prokofiev nest plus, aux yeux du régime, le grand compositeur célébré dans le monde entier qui avait fait sa fierté.Dans ce roman qui pourrait être largument dune symphonie pathétique, Igor, secrétaire personnel du compositeur, nous raconte sa vie. Son enfance choyée et sa passion pour la musique du temps des tsars, ses séjours en Europe autorisés par le nouveau régime, sa rencontre avec Diaghilev puis avec sa première épouse Lina. Les quinze années passées en Amérique et en Europe, malgré ses succès, le laissent désabusé ; taraudé par le conflit entre la musique soviétique supposée ouvriériste et la musique occidentale supposée bourgeoise, déçu par un Occident qui se croit libre mais ne lest pas autant quil le croit, Prokofiev retourne à Moscou en 1936. Et le voici lobjet de la cruauté la plus raffinée de Staline. Gratifié dun appartement luxueux, il doit composer une Ode à Staline. Epousant une nouvelle femme, il voit Lina envoyée dans un camp de travail forcé. Ces balancements de fortune lépuisent dautant plus quil doit subir la « campagne de redressement idéologique » de Jdanov. Tout en étant presque le musicien officiel du régime, il est aussi lun de ceux qui est le plus méticuleusement harcelé. Peut-on dire, avec Igor : « lartiste nest jamais libre, il ne le sera jamais » ?
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