Louis Calaferte L'incarnation est probablement la plongée la plus vertigineuse jamais entreprise dans ce qu'on entend par la petite enfance. Avec une détermination farouche à tout dire, tout fouiller, tout ramener au jour pour regarder en face, Calaferte s'est immergé dans ce qu'il y a de plus archaïque en l'homme : le corps de l'enfant. Peurs nocturnes, le pipi, le pipi du petit comme protestation, demande d'amour et affirmation de soi, le corps, tout le corps, l'intérieur du corps, le lieu viscéral de production comme machine, lieu d'inconscient, interdit, verrouillé, lieu du plus grand refoulement. La violence, violence du milieu, des familles, des enfants, brutalité terrifiante de tout ce qui entoure, de tout ce qui va former l'être même, sang, sang de la mère, sang des animaux, fornication, sexualité qui se nourrit de celle du couple primordial dont l'enfant est témoin, qu'il guette, épie, qu'il éprouve comme une mise à mort, mise à port qu'il devra lui-même entreprendre pour que, des corps calcinés des géniteurs, il puisse, lui, le petit, s'extraire et se tenir debout. Ces scènes primitives seront, à l'âge adulte, mises en scène dans des représentations sexuelles qui fonctionneront par associations dont les termes sont directement issus de la mémoire du corps. Incarnation. Louis Calaferte donne ici un livre dont la force est celle de Septentrion.
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