Affiche de L'Agent secret Livre | 1995 | Joseph Conrad

L'Agent secret

Sa connaissance des voies surprenantes du monde est la plus étendue de tous les écrivains contemporains. Il a une force d'imagination inégalée et un profond sentiment du drame et de la logique des événements que certains appelleraient destin. (John Buchan) " Son être tout entier était mis à la torture par cette idée incertaine et affolante. Elle la sentait dans ses veines, dans ses os, à la racine de ses cheveux. Elle adoptait en esprit l'attitude biblique du deuil - le visage voilé, les vêtements déchirés ; le son des lamentations et des gémissements emplissait son crâne. Mais elle serrait les dents avec fureur, et ses yeux étaient brûlants de rage, car elle n'était pas une créature soumise. La protection qu'elle avait exercée sur son frère avait été, à l'origine, d'un caractère violent et indigné. Elle avait besoin de l'aimer d'un amour agissant. Elle avait combattu pour lui - contre elle-même, aussi. Sa perte était amère comme une défaite, douloureuse comme une passion bafouée. Ce n'était pas le choc d'une mort ordinaire. De plus, ce n'était pas la mort qui lui avait enlevé Stevie, c'était M. Verloc. Elle l'avait vu. . [Édition 1997 du Livre de Poche :] Ce roman publié en 1907 nous entraine dans les quartiers louches de Londres, où militants anarchistes et socialistes composent un microcosme agité et dérisoire, infesté de mouchards, tandis que les chancelleries tirent les ficelles au profit des intérêts diplomatiques du moment. C'est un attentat contre l'institut de Greenwich - le lieu de passage du célèbre méridien - qui amena le romancier à imaginer l'extraordinaire trio formé par Adolphe Verloc, l'agent provocateur, sa femme Winnie et le malheureux Stevie, son beau-frère légèrement demeuré, qu'elle a gardé sous sa protection. Trois personnages jetés dans une intrigue qui les dépasse, où le cynisme et la veulerie des manipulateurs font contrepoint à la peinture d'une passion émouvante, quasi maternelle. De cette histoire atroce, contée avec un humour qui en rehausse la noirceur, Jorge Luis Borges disait quelle était le meilleur des romans policiers qu on ait jamais écrits.