Ce qui frappe dans Ce n'était qu'un passage de ligne comme dans Les souliers grillés, c'est le bel équilibre obtenu entre les différentes perspectives d'un récit à la première personne. L'image de la vie des résistants - dans ses accidents ou incidents qui pourraient être dramatiques comme dans le travail aride et routinier de tous les jours - se tresse à la relation de menus événements qui dresse un tableau familier de ce que les gens ont vécu pendant l'Occupation. Mais l'objectivité du témoignage, s'éloignant de toute froideur, prend sa force parce qu'il est celui d'une femme qui n'hésite pas à exprimer ses faiblesses, ses peurs, ses rages dans les circonstances qu'elle doit affronter. Elsa la narratrice, en prenant la parole, ne sombre jamais dans le psychologisme ou le pathos : celle-ci est donnée nette, précise, refusant la prolixité sentimentale amollissante, glissant même des touches d'humour au milieu du drame, avec parfois ce regard qui sait transformer le banal en petits éclats brillants, pierres précieuses de l'écriture, comme le souhaitait Gorki. (M.-T. Eychart)
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