Affiche de Lettres choisies Livre | 2006 | D.H. Lawrence

Lettres choisies

Trop souvent réduit à un livre sulfureux, D.H. Lawrence reste un inconnu célèbre. La lecture de sa correspondance devrait l'arracher aux images toutes faites : puritain scandaleux, prophète apocalyptique, apôtre préfasciste de la violence ou mystique du sexe, autant d'étiquettes qui ont souvent brouillé son message. A la différence de celles de Joyce ou de Virginia Woolf, ses lettres ont une rare qualité de jaillissement dans leur violence même. Chez un être qui mena toujours une vie de nomade, elles sont l'équivalent du journal qu'il était incapable de tenir et donnent à entendre une voix dans toutes ses dissonances. Que ce soit l'imprécateur féroce qui traite Joyce de " cochonnerie journalistique ", le visionnaire aux accents à la fois bibliques et nietzschéens, fasciné par le primitif et hanté par la barbarie, l'utopiste social qui veut construire " une grande architecture d'êtres vivants ", ou le poète de la " conscience phallique ", Lawrence parle ici tout entier dans la moindre de ses phrases, faisant fi des ruses et stratégies, appliquant à lui-même la règle qu'il recommande à Dorothy Brett : " Tout ce qui est partiel est une trahison. " Vos lettres font autant d’effet qu’une visite agréable ». Lettre à Ernest Collings, 1913 « Je dis toujours que ma devise c’est : L’art pour moi. Ces mots sont tirés d’une lettre de Lawrence avant la guerre. Pour Lawrence (Eastwood, 1885 - Vence, 1930), la vie était une incessante convalescence ; c’était comme si chaque jour de son existence, il renaissait d’une maladie mortelle. Il voyait plus qu’un être humain ne devrait voir. Peut-être est-ce pourquoi il détestait tant l’humanité. C’est pourquoi, aussi, il l’aimait tant. Car où il regardât, il apercevait plus qu’un être humain ne devrait apercevoir ; et par conséquent, aimait et haïssait davantage. Il se trouvait que Lawrence avait un don extraordinaire pour établir des relations intimes avec presque tous ceux qu’il rencontrait. Mais sa seule relation humaine, profonde et durable, fut celle qu’il eut avec sa femme Frieda » (Aldous Huxley)