Qu'y a-t-il au bout du nihilisme ? La mort ? La régénération ? Peut-être tout simplement le raffinement de la volonté de néant. Il faut lire Cioran pour découvrir jusqu'où peut aller la culture du désespoir et comment le suicide peut s'ériger en art du quotidien. Poète du malheur, le penseur roumain ne revendique rien. Il témoigne et fait éclater le dérisoire de la vie à travers une pluie d'aphorismes acides et d'images cinglantes. Penser ? "Toute pensée ressemble aux gémissements d'un ver que piétinerait les anges." Se contenter de vivre ? Mais il n'y a de vie qu'au crépuscule : "Les yeux éteints ne se rallument qu'au désir nostalgique de la mort." Se réfugier dans l'art ? Mais la vraie musique est silence. L'amour ? "Nous sommes accrochés à la femme par terreur de l'ennui." Il n'y a aucune issue, sinon celle de souffrir les yeux ouverts : "La lucidité est un vaccin contre la vie." Avec Cioran, le cynisme de Diogène atteint la férocité d'un chien enragé. Une rage qui rend l'existence solitaire : "Je suis un Job sans amis, sans Dieu et sans lèpre." Une rage qui fait de la vie un mal incurable : "La vie et moi : deux lignes parallèles qui se rencontrent dans la mort." Complaisance narcissique ? Mélancolie morbide ? Il se pourrait que la détresse de Cioran révèle quelque chose de la dure tâche d'exister. --Émilio Balturi
Du même auteur
Cioran jadis et naguère1988
Aphorismes traduits en rébus2009
Îndreptari pătimaș1991
L'élan vers le pire1988
La transfiguration de la Roumanie2009
Tara mea / Mon pays1996
Ami lointain1993
Le vide, expérience spirituelle en Occident et en Orient1969
Essai sur la pensée réactionnaire2015
Valéry face à ses idoles1998
Vacillations1998
Oeuvres1995
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