Devenir comédienne fut - dès l'enfance - le vu de Suzanne Pasquier. Il est accompli : à vingt-neuf ans, elle a tout Paris à ses pieds. Bien des hommes l'ont aimée; aucun n'a réussi à la détourner de la scène. Pour un rôle qui lui tient au cur, elle donnerait deux ans de sa vie. On devine ses sentiments en apprenant qu'une autre qu'elle jouera Cordelia. Malgré les sourires d'Erie Vidame, le directeur de la troupe, elle donne sa démission. Voici longtemps qu'un de ses adorateurs, le peintre Philippe Baudoin, l'invite à venir faire la connaissance des siens. Suzanne n'aurait pu rêver séjour plus enchanteur, gens plus séduisants. Elle n'aurait qu'à choisir entre les trois Baudoin ? Philippe, Marc, Hubert ? mais, pour elle, il n'existe d'amour que dans l'artifice de la scène, de soleil que sous les feux de la rampe. Que Vidame la rappelle d'un mot et elle court rejoindre la troupe. Pourtant, le mirage théâtral ne l'empêche pas de mesurer le vide de son existence et d'entendre, dans le navire qui l'emporte, les machines rythmer cette petite phrase atroce : « Suzanne a perdu sa vie » - conclusion lucide sur laquelle s'achève ce volume, le 9e de la série consacrée à la Chronique des Pasquier.
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