Lorsqu'il paroit chez une nation étrangère quelque livre frivole, ou quelque roman licencieux, on ne manque point d'écrivains qui s'empressent de prostituer leurs plumes et leurs talents pour faire connoitre ces ouvrages, et en répandre le poison parmi nous. Il n'en est pas de même des livres de piété, et de ceux qui peuvent rendre les hommes meillers ; il semble que nos écrivains regardent ces sortes d'ouvrages au-dessous d'eux, et comme peu propres à leur faire un certain honneur dans la Littérature. Ah ! s'ils étoient véritablement Chrétiens, ils prendroient, sans d'autres, d'autres sentiments, et s'estimeroient trop heureux de pouvoir travailler pour l'édification et le salut de leurs frères. Fasse le Ciel que le Pélérinage d'un nommé Chrétien, qu'on publie aujourd'hui, ait le bonheur de contribuer à remplir ces objets ! Cet ouvrage a été composé par le sieur Bunian, Anglais, il y a déjà un grand nombre d'années. Dès qu'il parut, il fut enlevé avec la plus grande rapidité et son succès se soutient toujours. C'est d'après la vingt-huitième édition, publiée en 1751, que cette traduction a été faite ; on ne s'y est permis que de légers changements, et le retranchement de quelques longueurs ; mais on a tâché de conserver autant que l'on a pu, l'admirable simplicité de l'original. On ne publie pour le présent que la première partie de l'Ouvrage de Monsieur Bunian, qui contient le Pélerinage de Chrétien ; si elle est goûtée, on donnera la seconde partie, qui contient le Pélerinage de Christiana ou de la femme Chrétienne. Un livre tel que le Pélerinage de Chrétien, qui jouit depuis si long-temps des suffrages d'une nation judicieuse et éclairée, doit avoir un mérite réel : on ne croit pas pouvoir le faire mieux connaître qu'en mettant sous les yeux la Préface imprimée à la tête de l'Edition de 1751.
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