Affiche de Mallarmé: Et la parole de l'imâm Livre | 2020 | Christian Bobin

Mallarmé: Et la parole de l'imâm

Ce livre donne une joie étrange, comme celle que peut engendrer la vision d`un flocon de neige dansant entre terre et ciel, ivre d`aller à la rencontre de sa propre mort. La toupie d`une pensée tourne avec les pages. Sa pointe est appuyée sur cette intuition : la parole audible, seule digne d`être écoutée car seule vraie, est la parole qui renonce à être sa propre lumière, pour s`éprouver buée sur le miroir du langage seul divin. Telle est la parole du poète, ou celle de l`imâm. La belle invention de ce livre est de détacher l`écrivain de toute appartenance esthétique, et le saint de toute soumission doctrinale. Encore faut-il préciser : personne n`est poète. Personne n`est saint. Seul le langage l`est quand il renonce à saisir l`insaisissable et qu`il n`est plus qu`un effet de sidération du poète ou du priant. La vérité n`est pas atteinte dans le chant du soufi, pas plus qu`elle ne l`est dans la phrase surnaturellement obscure de Mallarmé. C`est l`inverse : ce sont eux - le soufi qui tourne autour de la poussière de son âme, et le poète qui demande à l`univers mutique d`écrire son livre absolu - qui sont soudain malgré eux atteints par la vérité informulable. Blessés par la lumière. À terre. Christian Bobin