Affiche de Merlusse - Cigalon Livre | 1993 | Marcel Pagnol

Merlusse - Cigalon

Merlusse : Quelques malheureux élèves, qui n'ont personne chez qui passer les fêtes, restent, la veille de Noël, dans le grand lycée où ils sont pensionnaires. Et il leur arrive le pire qu'ils puissent imaginer : ils seront surveillés par Merlusse, le méchant répétiteur borgne à la grosse barbe noire. Mais la nuit de Noël n'est-elle pas celle de tous les miracles ? Avec Merlusse, moyen métrage de 1935, Pagnol choisit de s'adapter lui-même :il reprend l'infâme Truc, un récit publié en 1922 dans la revue Fortunio, et en tire le plus beau conte de Noël de l'histoire du cinéma. Le dialogue du film est une de ses grandes réussites, et ses adolescents parlent avec un naturel admirable. Quant au personnage de Merlusse, il offre à Henri Poupon, qu'on a souvent vu en père outragé, son rôle le plis nuancé. Un chef d'œuvre trop souvent sous-estimé. " Si ton père était roi, d'abord tu aurais tout le temps des vacances. C'est connu. Les fils de roi, ils ne font rien. Ils se promènent dans les jardins, et ils font fouetter les esclaves. " ------ Cigalon : Ah ! Le voilà, le grand reproche ! Un cuisinier qui mange ! Parce que, pour ces messieurs et dames, un cuisinier, ça n'a pas le droit de manger. Pendant trente-cinq ans, sur le coup de midi, je me suis coupé l'appétit à goûter la mangeaille des autres. Pendant trente-cinq ans, j'ai préparé le régal des clients ; je me suis servi de mon goût, de mon odorat de mon coup d'oeil, au profit des mangeurs qui se faisaient la belle panse... Et moi, je grignotais n'importe quoi, n'importe quand, au coin d'une table pleine d'épluchures : un morceau de la daube d'hier, une côtelette refusée, un bout de fromage et un verre d'eau... Eh bien maintenant, je ne marche plus ! Maintenant, je m'assois à la meilleure table, et je mange le meilleur plat, un plat fait pour moi spécialement ! Tout à l'heure, vous m'avez dit : «Pourquoi avez-vous pris un restaurant ?» Eh bien, monsieur, c'est pour manger : et je mange.