Affiche de Les clowns lyriques Livre | 1989 | Romain Gary

Les clowns lyriques

Les rapports du comique avec l'anxiété sont connus depuis Bergson, Freud et Chaplin ; après Buster Keaton, W.C. Fields, les Marx Brothers et bien d'autres, Woody Allen nous en donne aujourd'hui une exemplaire illustration. Le burlesque devient le dernier refuge de l'instinct de conservation. Je tiens cependant à mettre en garde le lecteur peu familiarisé avec mon genre de drôlerie : je demeure entièrement fidèle aux aspirations que je moque et agresse dans mes livres afin de mieux en éprouver la constance et la solidité. Depuis que j'écris, l'ironie et l'humour ont toujours été pour moi une mise à l'essai de l'authenticité des valeurs, une épreuve par le feu à laquelle un croyant soumet sa foi essentielle, afin qu'elle en sorte plus souriante, plus sûre d'elle-même, plus souveraine. --Ce texte fait référence à l'édition ------------------------------------------------------------ Sur le fond du carnaval de Nice, des « clowns lyriques » ─ c’est ainsi que Gorki appelait les idéalistes « qui font leur numéro dans l’arène du cirque bourgeois » ─ tentent d’oublier un monde en proie aux conflits meurtriers et de se débarrasser en même temps de leur espoir irrépressible qui les torture. Tous ces tendres voient dans l’amour le seul refuge où un homme peut abriter sa tête rêveuse. C’est ainsi que se forme au hasard d’une rencontre un couple inattendu : Ann Garantier, grande vedette de cinéma, et Jacques Rainier, Compagnon de la Libération, qu’aucune désillusion, aucune ironie, ne parviennent à affranchir d’un autre vedettariat, celui des causes sacrées ». Le mari d’Ann, Willie Bauché, qui traîne une réputation « géniale » d’auteur, acteur, metteur en scène, malgré une succession d’échecs, et qui n’est plus capable de distinguer ses phantasmes hollywoodiens de la réalité, essaie de se débarrasser de son rival. Autour de lui, d’autres « clowns lyriques » se débattent contre leurs démons intérieurs et ceux de notre époque : La Marne, devenu sous l’aiguillon de l’angoisse un véritable derviche tourneur de la dérision ; le père d’Ann, qui mime pour son compte personnel la fin de l’occident ; Soprano, le garde du corps ; et le Baron, un aventurier dont on ne sait s’il dissimule une foi irréductible dans l’Homme, avec sa majuscule toujours future, ou s’il retient à grand-peine un éclat de rire homérique capable de tout balayer. Deux Hollywood se disputent dans ce livre la vie des personnages : celui des mythes en carton-pâte dont les combattants se relèvent toujours indemnes et celui du celluloïd idéologique dont les réalisateurs envoient leurs millions de réalisateurs au vrai massacre. R.G. (Quatrième de couverture de l’édition Gallimard 1979) Poche .