Affiche de Lady L. Livre | 1973 | Romain Gary

Lady L.

Elle courut vers le coffre-fort, tourna la clef dans la serrure et tira la lourde porte bordée de cuivre... Elle regarda à l'intérieur, poussa un soupir de soulagement : il y avait juste assez de place, juste assez... - Cache-toi là, vite ! Je vais les éloigner... Mais dépêche-toi donc, voyons ! Il obéit sans se presser, sans doute par souci du style, tenant toujours la rose dans une main et le pistolet dans l'autre. Elle saisit la sacoche avec les bijoux et la jeta à ses pieds... Elle lui fit un petit signe de la main, referma doucement la porte et tourna trois fois la clef dans la serrure. ------------------------------------------------------------------- J'ai toujours été fasciné par un certain côté terroriste de l'humour anglais, cette arme blanche froide qui rate rarement son but. On rencontre souvent dans l'aristocratie britannique une sorte de tolérance universelle non dépourvue d'arrogance et que seuls peuvent se permettre des gens que rien ne saurait menacer. Dans Lady L., je me suis efforcé d'explorer ce thème et de faire en même temps le portrait d'une très grande dame qui a bien voulu me faire quelques confidences. Je me suis permis également de me peindre moi-même sous les traits de son compagnon et souffre-douleur, le Poète-Lauréat, Sir Percy Rodiner. Et comme les idéalistes m'ont toujours paru être, au fond, des aristocrates ayant une très haute et noble conception de l'humanité, cette autre très grande dame, l'histoire d'Armand Denis et de son extraordinaire amour ne pouvait manquer de m'intéresser. J'ai essayé de la raconter en respectant dans toute la mesure du possible la vérité historique. À ceux qui seraient un peu choqués par la façon dont finit mon récit, je dirai d'abord que je n'ai rien inventé et ensuite que le terrorisme passionnel a toujours été jugé chez nous avec indulgence. Humanité, humanité, que de crimes on commet en ton nom ! R. G. (Quatrième de couverture de l'édition Gallimard 963)