Roland Barthes navait écrit quun seul texte « pour rien », le premier, disait-il. Tous les autres auraient été écrits sur demande ou commande. Parmi ses contemporains, Claude Lévi-Strauss dédaignait les sollicitations pour aller son chemin, tandis que Georges Duby répondait avec bonheur aux invitations des éditeurs et de la télévision. Barthes se trouvait à mi-chemin. Les commandes lui étaient à la fois une souffrance et un bienfait, une injonction et une incitation. Et il sest toujours débrouillé pour les détourner, pour déshonorer les contrats. De ses contributions aux clubs de livres des années 1950 à son dernier ouvrage, La Chambre claire, pour les Cahiers du cinéma, en passant par son autoportrait déviant des « Écrivains de toujours », il a su mesurer à chaque fois jusquoù il pouvait aller trop loin, exploser la commande sans sexposer à un refus. Son cas révèle lessence de la littérature : donner à léditeur, puis aux lecteurs, non pas ce quils demandent, mais ce quils désirent sans le savoir. A. C.
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