Naviguant vers les îles Éparses du canal du Mozambique, je fais deux voyages en un seul. Lun me mène vers léblouissement dune nature presque vierge : poissons aux couleurs et dessins extravagants, tortues marines, crustacés chamarrés et biscornus, grands papillons migrateurs, vols stridents de milliers doiseaux profusion inouïe, fantasmagorie de formes baignées dans les « bleuités, délires » quévoque le poème le plus connu de Rimbaud. Intérieur et ironique, moins exaltant, lautre voyage est presque le contraire du premier : passager insolite à bord dun bateau dont les marins ont lâge parfois dêtre mes petits-enfants, ce nest pas seulement vers les îles que je navigue, mais vers létat fragile et un peu ridicule de vieux. Habitué à mon apparence, je ne me suis pas vu me transformer en cet être de papier mâché en qui les autres identifient immédiatement un semi-vivant. Locéan Indien sera pour moi la mer de la Sénilité Parfois cela mamuse, pas toujours jespère en tout cas en faire sourire le lecteur. O.R.
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