OLIVIER ROLIN Vider les lieux On habite un très vieil appartement, on y a passé la moitié de sa vie, entassé un prodigieux bric-à-brac, journaux, lettres, photos, livres surtout, des livres partout et puis un jour on est viré, il faut prendre ses cliques et ses claques. Un déménagement, écrit Michel Leiris, cest une « fin du monde au petit pied », et cest aussi un jugement dernier : chaque objet, pour être sauvé, est sommé de dire son histoire un vieux chapeau parle dun lointain voyage au Texas et dun auteur de best-sellers internationaux, un fossile dune plage de sable noir, au bout de la Sibérie, où Tchekhov imprima ses pas, les livres évoquent les lieux et les temps où on les a lus, la bibliothèque devient lanterne magique. Les histoires se bousculent, des paysages se déploient, sortis de loubli. Quand en plus la rue doù on est chassé est celle où fut publié puis traduit lUlysse de Joyce, où deux librairies célèbres voyaient passer les plus grands écrivains des langues française et anglaise ; quand linjonction de vider les lieux vous tombe dessus au moment où une pandémie assigne tout le monde à résidence... alors on se dit que ce chambardement mérite peut-être dêtre raconté. On écrit ce livre. O.R.
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