« Pour donner à ma longue rêverie la forme dun livre, javais besoin de voir. De la terre, des pierres, des arbres, un rivage. Jai toujours besoin de voir. Je suis allé en Troade à la fin dun mois de juin, alors que les coquelicots jetaient de grandes flaques rouges au milieu des champs de blé et doliviers où jadis saffrontaient les héros. » Il y a quelque trente-trois siècles, des guerriers grecs ravagent une cité dAsie Mineure quils appellent Troïa ou Ilios. Les hommes sont massacrés, les femmes traînées en esclavage. Cétait dans la nuit des temps, mais grâce à lIliade cela vit toujours dans notre mémoire. Cétait, aussi bien, hier, aujourdhui, demain : la tragédie de la destruction dune ville na cessé dêtre réécrite en lettres de feu et de sang, depuis Carthage un siècle et demi avant notre ère jusquà Dresde et Hiroshima, Marioupol et Gaza de nos jours. La guerre de Troie est éternelle, et Troie est la Mère de toutes les villes martyrisées. O. R.
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