Dihya a presque 20 ans. Elle a quitté lAlgérie en guerre avec toute sa famille, laissant derrière elle les sentiers de Palestro, le bruissement des tentes berbères, les figues de barbarie, les terres arides, troquant sa jeunesse contre un baraquement en tôle dans le bidonville de Nanterre, où sentassent ceux qui comme Dihya ont cru à la terre promise. Dans la solitude de sa baraque, pour tromper le silence et lennui, Dihya sempare des deux seules armes qui lui restent : un vieux cahier où elle écrit des contes, ses mille et une nuits, découvrant le goût des mots sucrés comme des dattes et un bâton de rouges à lèvres quelle porte avec fierté lorsquelle séchappe du bidonville, trompant le couvre feu instauré par le préfet Papon, et déambule quelques heures dans les rues enchantées de la capitale comme une vraie parisienne. Dihya ne veut pas que le pays des Lumières les oublie entre les fantômes et les rats. Parce quelle désire être une femme libre qui ose se maquiller, hausser le regard, badiner et faire entendre sa voix, impure, indigne peut-être mais la sienne que nul ne pourra étouffer, elle participe à la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 dans les rues de Paris. Nul ne se doute de la répression sanglante qui fera plus de 200 morts.
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