Il n'y a pas d'ivresse académique. Le buveur est un violeur de dictionnaire, il aime chanstiquer la syntaxe, bousculer la langue, la faire danser comme une joyeuse luronne. Il sait abreuver son cochon, souffler dans l'encrier, dépuceler une fillette, s'affûter le sifflet, se beurrer la gaufre, se bitumer la gueule, se rincer la gargarousse, se dégraisser les dents, se laver le tuyau, s'en jeter un dans le plomb (ou dans la trappe), mettre des lunettes en peau de saucisson et prendre son lit en marche. Argot de buveur ou trouvaille surréaliste, le vocabulaire de l'ivrogne a pour vocation éminente de réenchanter le monde et la vie. C'est l'éternelle leçon de Rabelais en son Gargantua : - Je mouille, je humecte, je boy, et tout de peur de mourir. - Beuvez tousjours, vous ne mourrez jamais. - Si je ne boy, je suys à sec, me voylà mort. Mon âme s'en fuyra en quelque grenoillère. En sec, jamais l'âme ne m'habite. - Sommeliers, ô créateurs de nouvelles formes, rendez-moi de nom beuvant beuvant !
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