Tout commence par un aphorisme de René Char extrait des Feuillets d'Hypnos : "Notre héritage n'est précédé d'aucun testament". Il ne constitue pas "une donnée" identifiable ou "un donné" calculable, même s'il nous a bien été offert. Ce dont nous héritons n'est souvent ni nommable ni saisissable une fois pour toutes. Pourquoi cela ? Déjà parce que nous héritons de souvenirs autant que d'oublis. Souvent nous ne savons pas qui furent nos donateurs et comment se nomment nos trésors. Les contemporains n'ont pas conscience de la tradition dont ils pourraient, s'ils l'assumaient, se constituer en héritiers. L'aphorisme de René Char nous demande de repenser ensemble l'autrefois, le maintenant et l'après de toute transmission. Le passé refoulé finit toujours par faire retour à travers symptômes, crises ou séismes de notre présent. Comment donc se constitue une tradition lorsque son contenu, héritage du passé, nous vient de grands-parents trop mystérieux ou de trésors incompréhensibles qui se retrouvent, sans qu'on les ait choisis, entre nos mains, au fond de notre coeur ou juste sous nos pieds ? Après avoir reconnu et nommé notre héritage, voici donc qu'il nous échoit de le partager, de le transmettre. Mais de quelle façon penser un tel partage ?
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