Cest un roman à la première personne le flux de conscience dElena, émigrée russe à Paris, mère, femme dun homme quelle méprise, couturière de nuit qui accomplit le jour un « travail invisible ». Elle sort à peine. Elle se souvient de Pétersbourg, dune autre vie où elle avait encore une chance de saccomplir. Ce qui frappe à la lecture, cest la franchise absolue : la maternité vécue comme dépossession, le désir nommé sans euphémisme, un avortement décrit avec une précision clinique, la pensée de tuer son enfant. Bakounine décrit des scènes de sexe non consenti avec son mari avec la même neutralité quelle décrit sa fatigue ou le bruit de la rue. Cest une écriture qui refuse toute esthétisation : elle vise, dit-elle elle-même, « la simplicité véridique à lextrême et le naturel ».La préface est signée par l'autrice multiprimée Julia Kerninon, qui lit Le Corps comme une démonstration radicale de ce que la littérature féminine peut dire quand elle refuse tout enjolivement : la maternité subie, le désir confisqué, la pauvreté comme prison. Un siècle plus tard, écrit-elle, quelque chose dans ce texte est encore trop familier, comme une mémoire restée dans la chair
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